Edmé-Jean Leclaire
L'homme qui voulut associer l'ouvrier à l'ouvrage
Né en 1801 à Aisy-sur-Armançon, dans l'Yonne, d'un milieu modeste, Edmé-Jean Leclaire monte à Paris et apprend le métier de peintre en bâtiment. Il fonde sa propre maison en 1826 et, par la qualité de son travail et son sens de l'organisation, en fait l'une des plus réputées de la capitale.
Mais son nom traverse le temps pour une autre raison : convaincu que la réussite d'une entreprise appartient à ceux qui la bâtissent, il fut l'un des tout premiers à associer ses ouvriers aux bénéfices de la Maison.
D'apprenti à maître peintre
Parti de rien, Leclaire gravit un à un les échelons du métier. Il impose des méthodes de travail rigoureuses, une exigence de propreté et de finition, et une attention rare portée à ses compagnons. Sa maison de peinture emploie bientôt plusieurs centaines d'ouvriers et travaille pour les plus belles demeures parisiennes.
Le pionnier de la participation
En 1842, il met en place un système de participation aux bénéfices : une part des résultats de l'entreprise est redistribuée à ceux qui l'ont générée. L'idée, audacieuse pour l'époque, fait de lui l'un des précurseurs de ce qui deviendra un pilier du dialogue social.
Dès 1838, il crée une société de secours mutuels destinée à protéger ses ouvriers de la maladie et de la vieillesse — une forme de prévoyance très en avance sur son temps.
Une invention qui sauve des vies
En 1844, Leclaire substitue à la céruse de plomb — responsable du saturnisme, la « maladie des peintres » — le blanc de zinc, inoffensif. Cette avancée sanitaire lui vaut le prix Montyon puis la Légion d'honneur en 1849. Élu plus tard maire d'Herblay, il n'aura cessé de mêler l'esprit d'entreprise au souci du bien commun.
Une reconnaissance durable
Son expérience est étudiée et citée par les économistes de son siècle comme un modèle de conciliation entre performance et justice. À sa mort en 1872, Edmé-Jean Leclaire laisse bien plus qu'une entreprise florissante : une manière de concevoir le travail, fondée sur la dignité et la fierté de l'artisan.
Une vie, quelques dates
Un nom inscrit dans la ville
Rue & square Jean-Leclaire
Dans le quartier des Épinettes (Paris 17ᵉ), une rue et un square portent aujourd'hui son nom.
Une statue
Un monument signé du sculpteur Jules Dalou lui rend hommage au square des Épinettes, inauguré en 1896.
Un gymnase
Un équipement municipal du 17ᵉ arrondissement porte également son nom.
Sa vie et son œuvre ont inspiré plusieurs ouvrages dès le XIXᵉ siècle, parmi lesquels Biographie d'un homme utile — Leclaire, peintre en bâtiments de Charles Robert (1878) et Un ingénieur social, Jean-Edme Leclaire d'Auguste Fabre (1896).
Un héritage qui nous oblige
Reprendre le nom d'Edmé-Jean Leclaire, c'est perpétuer sa double exigence : la qualité de l'ouvrage et le respect de celles et ceux qui le réalisent.